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Zones sensibles est né d’une réflexion autour des ruines et des lieux abandonnés ou en désuétude, et de la manière dont ces espaces portent des histoires interrompues, incomplètes ou laissées en suspens. Ces lieux, marqués par le temps et l’arrêt de leurs usages, interrogent ce qu’ils conservent comme traces, silences et mémoires à interpréter ou à réactiver.
Cette réflexion s’est amorcée à l’occasion de la visite d’une exposition de photographies d’Urbex (exploration urbaine), une pratique consistant à documenter des lieux abandonnés ou inaccessibles, sans les transformer ni les réhabiliter. C’est dans ce contexte que nous avons découvert que certains de ces espaces pouvaient, sous conditions strictes, être ouverts à un public restreint.
De là est né un double projet artistique : d’une part, s’immerger dans ces lieux et les investir artistiquement ; d’autre part, les envisager comme des métaphores d’histoires et de transmissions, parfois mises de côté, transformées ou altérées au fil du temps.
Les lieux abandonnés font ainsi écho à des mémoires fragmentées, à des récits partiels ou à des héritages silencieux.
Zones sensibles se déploie à travers une série de propositions relevant des arts vivants, ainsi qu’un ensemble d’ateliers artistiques.
Maisons, friches industrielles, écoles, anciens lieux de culte, tous ces espaces sont porteurs de mémoires interrompues et de récits en suspens. Chaque lieu devient le point de départ d'une expérience singulière. Ces espaces sont pétrifiés, comme suspendus dans le temps au moment exact où quelque chose s'est arrêté. Cette pétrification nous a évoqué Les Métamorphoses d’Ovide et plus particulièrement le mythe de la Méduse. Méduse n'est pas simplement monstrueuse — elle est la figure de l'Autre absolu, de ce qu'on ne peut pas affronter sans en être transformé.
Zones Sensibles part de là : nous cherchons à habiter ces lieux pétrifiés, et les rêver le temps d'une performance. Leur permettre de dire ce qu'ils portent — les mémoires interrompues, les vies ordinaires qui s'y sont déroulées, les habitants alentours qui en ont été témoins.
Chaque proposition s'installe dans un lieu abandonné pour une trentaine de spectateurs. Trois formes y coexistent et se traversent : une performance théâtrale et marionnettique autour de Méduse ; des portraits sonores des habitants du quartier, témoins des mutations du lieu ; un concert mêlant instrument acoustique et électroacoustique qui vient, presque accidentellement, par porosité des murs, accompagner la forme théâtrale. La parole des habitants irrigue la performance. La musique ouvre et ferme des espaces dans le silence du lieu. Le geste marionnettique fait surgir des présences que le corps humain seul ne peut pas dire.
La première proposition prendra place à la Maison Monod, à Noisy-le- Grand — grande maison individuelle laissée à l'abandon depuis plusieurs années, chargée de strates de vies ordinaires et interrompues. Ce lieu inaugural sera suivi d'autres propositions dans des espaces différents, chacun générant une expérience singulière et non reproductible.
Écriture: Christelle Harbonn
Avec Fanny Avram, Gwennaëlle Roulleau
Création radiophonique : Élise Picon et le Collectif Belladone
Et les habitant·e·s de la ville de Noisy le Grand
Partenaires
Espace Michel-Simon | Ville de Noisy le Grand, CAF de la Seine Saint-Denis, Conseil Départemental de Seine Saint-Denis, DRAC PACA