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COMPAGNIE DEMESTEN TITIP

Épouse-moi
(tragédies enfantines)
création 2019







Avec

Adrien Guiraud, Marianne Houspie,  Blandine Madec, Sébastien Rouiller, Gilbert Traïna (distribution en cours)

Mise en scène

Christelle Harbonn

Assistante à la mise en scène

Calypso Baquey

Scénographie

Laurent Le Bourhis

Création sonore

Sébastien Rouiller 

Régie Générale 

Marion Piry

Crédit photo: Calypso Baquey




Premières notes

Christelle Harbonn, metteure en scène

Petites sources 

Ce qui me réconcilie plus que toute autre chose avec ma propre mort est l’image d’un lieu : un lieu où tes os et les miens sont enterrés, jetés, nus, ensemble. Ils sont disséminés là, pêle-mêle. L’une de tes côtes s’appuie contre mon crâne. Un métacarpe de ma main gauche repose à l’intérieur de ton bassin (contre mes côtes brisées ton sein pareil à une fleur). Les cent os de nos pieds sont éparpillés comme du gravier. Étrange que cette image de notre proximité, bien qu’elle ne concerne qu’un peu de phosphate de calcium, me procure un tel sentiment de paix. C’est pourtant bien ce qu’elle fait. Pourvu que ce soit avec toi, j’arrive à imaginer un endroit où il me suffit de n’être que du phosphate de calcium.

John Berger

L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je puisse marcher, je ne l’atteindrai jamais. À quoi sert l’utopie ? A cela : cheminer.

Fernando Birri

Toute curiosité intense pour un être rencontré vaut en somme pour de l’amour. Roland Barthes L’emprise de l’autre, c’est sa capacité à se rendre présent dans l’absence.

Michel Bozon

Ce désir commence avec le besoin urgent de vivre non pas comme objet mais comme sujet de l’histoire – de vivre comme si quelque chose dépendait réellement de notre propre action – et ce besoin urgent débouche sur un champ libre.

Greil Marcus



CALENDRIER DE CRÉATION

  • Théâtre National de la Criée | Marseille

    Résidence d'écriture collective
    Du 4 au 10 décembre 2017
  • 3bisF  | Aix en Provence


    Résidence d'écriture collective

    Du 5 au 11 mars 2018

  • 3bisF | Aix en Provence


    Résidence d'écriture collective

    Du 23 au 29 avril 2018

  • Scène Nationale-CNCDC | Châteauvallon


    Résidence d'écriture collective

    Du 7 au 20 mai 2018

  • Collectif 12 | Mantes la Jolie


    Résidence de création

    Du 15 au 28 octobre 2018

  • 3bisF | Aix en Provence


    Résidence de création

    Du 10 au 21 décembre 2018

  • Théâtre National de la Criée | Marseille


    Résidence de création

    Du 4 au 25 février 2018    

  • Théâtre National de la Criée | Marseille


    Représentations

    Du 26 février au 9 mars 2019

  • Théâtre du Jeu de Paume | Aix en Provence

    Représentations
    Du 14 au 16 mars 2019



Point de départ | L’éveil comme affranchissement

La vie civilisée repose sur la répression continuelle des pulsions. Elles ne cessent pas pour autant de vivre dans les dessous, prête à ressurgir au grand jour à la faveur des circonstances. Un étroit réseau de contraintes, des habitudes de contention nous enserrent et nous enferment comme dans un cocon, comme dans un carcan. Mais il arrive qu’en un instant miraculeux, le cocon se dissolve ou s’amincisse et devienne transparent, et l’homme peut alors se voir lui même « dans sa nudité originelle ».
Catherine Millot

Lorsque nous avons créé la gentillesse en 2016, nous avons beaucoup évoqué l’idée d’un « hors-venu » aussi perturbateur que réconciliateur, en accentuant notre fable sur l’arrivée d’un inconnu poétique et lunaire (à l’image du Prince Mychkine chez Dostoïevski), déjouant brutalement et naïvement les codes de la société dans laquelle il entre, souvent au bénéfice des individus qui la compose.
Aujourd’hui, et avec en background la lecture de la pièce L’Éveil du printemps de Frank Wedekind et du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, ce hors-venu est toujours présent dans mon esprit et dans le travail que je souhaite entamer, il ne s’incarne plus concrètement dans un personnage, mais dans une pulsion : le désir. Il me semble que le désir, outre l’extase charnelle qu’il promet, ouvre un champ de possibles dans la façon même de vivre sa vie.

J’ai vécu à la campagne jusqu’à ma majorité. La petite ville à proximité est une zone urbaine tristounette, où les principales activités proposées aux adolescents tournent autour de l’alcool et de la drogue, leur avenir se dessine entre la route bien normée de la sécurité financière et familiale, et le néant catégorique de la bière, fumette et autres réjouissances ; quelquefois c’est un malicieux mélange des deux. Rares sont ceux qui dévient. Parce que la vie telle qu’on la raconte, telle qu’on la racontait peut-être, c’est à dire constituée d’angoisses et d’obligations, est ainsi : il faut travailler pour vivre, et vivre pour mourir (sinon le loup te mangera). Chacun fait de son mieux pour faire pousser la branche à laquelle il s’accroche. Dévier, cela implique de vaincre ces angoisses collectives, cela implique de partir. Partir, c’est quitter les êtres chers, ces cellules étroites et rassurantes, partir, c’est s’arracher, avec sans doute le sentiment que tout est à perdre. Mais tout perdre, c’est croire, ne serait-ce qu’un instant, que le meilleur est à venir. Et tous ceux qui partent, tous ceux qui sont partis, ont obéi à un désir, sourd et insistant, d’être les signataires exclusifs de leur vie.
D’où vient ce désir ? Dépend-il seulement d’une volonté intellectuelle, de l’éducation donnée par l’école, par les parents ? Qui donne la place pour qu’advienne cette voix en soi qui nous implore de partir explorer les grands espaces ? Outre la sexualité, la soif d’apprentissages théoriques et empiriques, parions sur l’amour. L’amour du grand Autre, cet inconnu que nous cherchons toujours à atteindre, que nous ne parviendrons jamais à posséder, et qui, comme l’utopie de Fernando Birri, nous sert sans cesse à cheminer… vers nous-mêmes ! C’est certainement un paradoxe : alors que l’amour peut ressembler à un régime totalitaire qui nous tient à sa merci, jusqu’où prive-t-il de la solitude, de la liberté de penser à autre chose qu’à « l’autre », d’aller et venir, de sortir, de voyager, toutes ces choses auxquelles nous sommes supposés renoncer ? À quel moment, au contraire, devient-il une libération, un outil de transgression pour assumer sa propre identité et sa propre singularité ?

Dans l’amour, je me dépossédais de cet amour de soi qui fonde, justement, la capacité d’être seul, et si celui-ci ne m’était pas rendu par l’amour reçu en retour, il me laissait dépouillée de toute enveloppe, dérobée à moi-même, réduite à quelque chose que je ne saurais qualifier autrement que d’être la proie du vide, d’un vide qui, tel un siphon, menaçait de m’aspirer dans son tourbillon, de m’engloutir, pour peu que celui au profit de qui je m’étais ainsi dépossédée m’y laisse choir. Alors s’amorçait une autre phase, le temps du deuil, celle d’une lente reconquête, une réappropriation de ce dont je m’étais désistée. Lorsqu’elle était achevée, la vie m’était rendue, plus intense d’avoir été ainsi dénudée.
Catherine Millot

Parions donc ici que l’amour, non pas en tant que relation amoureuse mais plutôt comme un état d’abandon de soi-même à l’autre, l’amour unilatéral, c’est à dire dénigré par son destinataire, est la clef ouvrant à l’infini : Grâce à toi que je crois aimer plus que tout, toi sans qui le sol manquerait, toi qui avance toujours plus vite et derrière qui je cours sans fin, toi qui ne me vois pas, il a suffi que je lève les yeux au-dessus de toi et que je découvre le paysage que mon amour a dessiné : l’infini, dans toute sa turbulence. Je suis désormais composé tout entier de ces perspectives, massives, et dans lesquelles j’évoluerai sans cesse. Tu changeras de nom, tu changeras de visage et d’identité, mais moi, courant derrière toi, je serai affranchi de tout ce qui m’a été prédestiné, avec ma solitude et ma liberté comme seules compositrices de mon existence. Grâce à toi, j’ai accepté ma disparition, et avec elle ma renaissance. Bien entendu, il existe une quantité de moyens d’affranchissements. Reste que le désir est sans doute le premier que nous rencontrons dans la vie, le plus souvent à l’adolescence, lorsque tout de nous réclame à la fois d’être unique et d’être comme tout le monde. Et, comme le dit si bien Jeannette Winterson, pourquoi être heureux quand on peut être normal ? L’autorité parentale, sous quelque forme que ce soit, forcée de conventions ou d’inquiétudes mais rarement dénuée d’amour, est la première à scander cet étonnant slogan.  

Partenaires

Demesten Titip | Production

Théâtre National de Marseille La Criée | Coproduction

Théâtre du Jeu de Paume d'Aix en Provence | Coproduction

CNCDC | Châteauvallon | Coproduction

Extrapôle | Coproduction

3bisF | Aix en Provence | Coproduction

Collectif 12 | Mantes la Jolie| Résidence

avec la participation artistique du Jeune théâtre national




Photos: Calypso Baquey