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COMPAGNIE DEMESTEN TITIP

Épouse-moi
(tragédies enfantines)
création 2019








L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je puisse marcher, je ne l’atteindrai jamais. À quoi sert l’utopie ? A cela : cheminer.

Fernando Birri

Ce désir commence avec le besoin urgent de vivre non pas comme objet mais comme sujet de l’histoire – de vivre comme si quelque chose dépendait réellement de notre propre action – et ce besoin urgent débouche sur un champ libre.

Greil Marcus

Avec  Adrien Guiraud, Marianne Houspie, Blandine Madec, Asja Nadjar, Marion Piry, Sébastien Rouiller, Gilbert Traïna 

Dramaturgie et mise en scène: Christelle Harbonn

Assistante à la mise en scène: Calypso Baquey

Scénographie: Laurent Le Bourhis

Création sonore: Sébastien Rouiller

Création lumière: Sébastien Lemarchand

Régie générale: Marion Piry

Création costumes: Inéha Costerousse

Administration: Romain Picolet

La production est déléguée au Théâtre National de la Criée à Marseille

Crédit photo: Calypso Baquey

télécharger le dossier artistique ici

Résidence de recherches pour Épouse-moi au CNCDC de Châteauvallon en mai 2018
Images et motage: Charlotte Michel


Point de départ | L’éveil comme affranchissement



La vie civilisée repose sur la répression continuelle des pulsions. Elles ne cessent pas pour autant de vivre dans les dessous, prête à ressurgir au grand jour à la faveur des circonstances. Un étroit réseau de contraintes, des habitudes de contention nous enserrent et nous enferment comme dans un cocon, comme dans un carcan. Mais il arrive qu’en un instant miraculeux, le cocon se dissolve ou s’amincisse et devienne transparent, et l’homme peut alors se voir lui même « dans sa nudité originelle ».
Catherine Millot

Lorsque nous avons créé la gentillesse en 2016, nous avons beaucoup évoqué l’idée d’un « hors-venu » aussi perturbateur que réconciliateur, en accentuant notre fable sur l’arrivée d’un inconnu poétique et lunaire (à l’image du Prince Mychkine chez Dostoïevski), déjouant brutalement et naïvement les codes de la société dans laquelle il entre, souvent au bénéfice des individus qui la compose. Aujourd’hui, et avec la lecture de la pièce L’Éveil du printemps de Frank Wedekind et du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov à l’esprit, ce hors-venu est toujours présent dans le travail que nous menons. Il ne s’incarne plus concrètement dans un personnage, mais dans une « pulsion » : le désir. Outre l’extase charnelle qu’il promet, le désir ouvre un champ de possibles dans la façon même de vivre sa vie.

J’ai vécu à la campagne jusqu’à ma majorité. La petite ville à proximité est une zone urbaine tristounette, où les principales activités proposées aux adolescents tournent autour de l’alcool et de la drogue, leur avenir se dessine entre la boulimie de ces réjouissances artificielles et la route bien normée de la sécurité financière et familiale ; quelquefois c’est un malicieux mélange des deux. Rares sont ceux qui dévient. Parce que la vie telle qu’on la raconte, telle qu’on la racontait peut-être, c’est à dire constituée d’angoisses et d’obligations, est ainsi : il faut travailler pour vivre, et vivre pour mourir (sinon le loup nous mangerait).
Chacun fait de son mieux pour faire pousser la branche à laquelle il s’accroche. Dévier, cela implique de vaincre ces angoisses collectives, cela implique de partir. Partir, c’est quitter les êtres chers, ces cellules étroites et rassurantes, partir, c’est s’arracher, avec sans doute le sentiment que tout est à perdre. Mais tout perdre, c’est croire, ne serait-ce qu’un instant, que le meilleur est à venir. De quelle nature est le désir qui nous implore de partir explorer les grands espaces ? Peut-être l’amour, cet inconnu que nous cherchons toujours à atteindre et que nous ne parvenons mal à posséder. Comme une utopie, ce désir, cet « amour » s’il en est, nous sert sans cesse à cheminer… vers nous-mêmes ! C’est certainement un paradoxe : alors que l’amour ressemble parfois à un régime totalitaire qui nous tient à sa merci, à quel moment, au contraire, devient-il une libération, un outil de transgression pour assumer sa propre identité et sa propre singularité ?

Dans l’amour, je me dépossédais de cet amour de soi qui fonde, justement, la capacité d’être seul, et si celui-ci ne m’était pas rendu par l’amour reçu en retour, il me laissait dépouillée de toute enveloppe, dérobée à moi-même, réduite à quelque chose que je ne saurais qualifier autrement que d’être la proie du vide, d’un vide qui, tel un siphon, menaçait de m’aspirer dans son tourbillon, de m’engloutir, pour peu que celui au profit de qui je m’étais ainsi dépossédée m’y laisse choir. Alors s’amorçait une autre phase, le temps du deuil, celle d’une lente reconquête, une réappropriation de ce dont je m’étais désistée. Lorsqu’elle était achevée, la vie m’était rendue, plus intense d’avoir été ainsi dénudée.
Catherine Millot

Parions donc ici que l’amour est la clef ouvrant à l’infini : Grâce à toi que je crois aimer plus que tout, toi sans qui le sol manquerait, toi qui avance toujours plus vite et derrière qui je cours sans fin, toi qui ne me vois pas, il a suffi que je lève les yeux au-dessus de toi et que je découvre le paysage que mon amour a dessiné : l’infini, dans toute sa turbulence. Je suis désormais composé tout entier de ces perspectives, massives, et dans lesquelles j’évoluerai sans cesse. Tu changeras de nom, tu changeras de visage et d’identité, mais moi, courant derrière toi, je serai affranchi de tout ce qui m’a été prédestiné, avec ma solitude et ma liberté comme seules compositrices de mon existence. Grâce à toi, j’ai accepté ma disparition, et avec elle ma renaissance. Bien entendu, il existe une quantité de « clefs ». Reste que le désir est sans doute la première que nous attrapons dans la vie, le plus souvent à l’adolescence, lorsque tout de nous réclame à la fois d’être unique et d’être comme tout le monde.

Christelle Harbonn

  • Théâtre National de la Criée | Marseille

    Résidence d'écriture collective
    Du 4 au 10 décembre 2017
  • 3bisF  | Aix en Provence


    Résidence d'écriture collective

    Du 5 au 11 mars 2018

  • 3bisF | Aix en Provence


    Résidence d'écriture collective

    Du 23 au 29 avril 2018

  • Scène Nationale-CNCDC | Châteauvallon


    Résidence d'écriture collective

    Du 7 au 20 mai 2018

  • Collectif 12 | Mantes la Jolie


    Résidence de création

    Du 15 au 28 octobre 2018

  • 3bisF | Aix en Provence


    Résidence de création

    Du 10 au 21 décembre 2018

  • Théâtre National de la Criée | Marseille


    Résidence de création

    Du 4 au 25 février 2018    

  • Théâtre National de la Criée | Marseille


    Représentations

    Du 26 février au 9 mars 2019

  • Théâtre du Jeu de Paume | Aix en Provence

    Représentations
    Du 14 au 16 mars 2019