web creator software

COMPAGNIE DEMESTEN TITIP

LA GENTILLESSE | création 2016







Avec

Adrien Guiraud, Marianne Houspie, Solenne Keravis, Blandine Madec et Gilbert Traïna

Mise en scène

Christelle Harbonn

Assistant mise en scène

Philippe Araud

Scénographie

Laurent Le Bourhis

Création sonore

Sébastien Rouiller et Brice Kartmann

Création lumières

Laurent Vergnaud

Création costumes

Inéha Costerousse

Régie Générale 

Marion Piry

Production | Diffusion

Mara Teboul | L'oeil écoute


Téléchargement dossier 

Partenaires

Demesten Titip | Production

CNCDC | Châteauvallon | Coproduction 

Théâtre National de Marseille La Criée | Coproduction

Pôle Arts de la Scène Friche la Belle de Mai| Coproduction

3bisF | Aix en Provence | Coproduction 

CIRCA – La Chartreuse | Villeneuve-lez-Avignon | Résidence

Le Merlan Scène Nationale | Marseille| Résidence

Collectif 12 | Mantes la Jolie| Résidence

Echangeur | Bagnolet | Diffusion 

         Avec le soutien de la Région Provence Alpes Côte d'Azur, du Conseil Général 13, de la Ville de Marseille,

de l'ADAMI, de la SPEDIDAM, du FIJAD - Fonds d'insertion pour les Jeunes Artistes Dramatiques    

et avec la participation artistique du Jeune théâtre national  




Photos: Ronald Reyes

La gentillesse | Captation décembre 2016 au Théâtre National de la Criée | Images de Charlotte Michel



Le spectacle

Christelle Harbonn, metteure en scène

L’histoire de la pièce regroupe cinq personnages. Une famille composée d’une mère et de ses deux filles, dont une est adoptée, vivent dans une maison bourgeoise en déflagration, on ne sait pas où, on ne sait pas quand. Le spectre du père incestueux rôde sans apparaître clairement ; dans tous les cas, la famille est crispée sur un certain nombre de principes, les individus enfermés dans les rôles assignés d’office. La plus jeune fille entraine un ami, passablement misanthrope, à l’intérieur de cette maison afin qu’il y trouve un travail. Il y est engagé comme portier, poste totalement inutile puisque plus personne ne visite la famille. Pourtant, un visiteur non annoncé arrive et prétend vouloir simplement faire connaissance. C’est ici que les consciences commencent à s’ouvrir.

La gentillesse est un vagabondage autour de L'Idiot de Dostoïevski et de La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. Nous y racontons l'histoire de gens qui, dès lors qu'ils sont réunis, cessent de construire leur avenir, cessent de mythifier leur passé. Ils vivent maintenant, comme ils le peuvent, affamés d'émotions, sans autre finalité que celle d'éprouver encore et toujours plus ce pour quoi ils vivent et ce pour quoi ils mourront : leur dépendance à l'autre.

Peut-être parce que j’ai peur de finir par regarder le monde dans l’étroitesse d’une meurtrière et parce que j’ai besoin de fabriquer un théâtre qui déplace ma façon d’aimer, j’ai proposé à l’équipe de Demesten Titip de travailler avec moi à l’invention de personnages « hors-venus » et réconciliateurs, à l’image de ceux de La Conjuration des imbéciles de J.K Toole et de L’Idiot de Dostoïevski. Les personnages de la pièce à venir sont des fous ou des enfants dans un monde de transparence. Ils voyagent dans une « nuit obscure des âmes ». Ils symbolisent la marge pour ceux qui pataugent dans la soupe de leur normalité.

Extraits

La gentillesse 

1. 
Gilbert:
Je suis dans ma chambre, qui est séparée du salon par un grand couloir. Dans ce couloir, il y a un placard. Et je sais, je sais qu’il y a un monstre à l’intérieur. J’entends les voix dans le salon où il y a beaucoup de monde, j’entends la voix de mon père, plus forte, plus grave. C’est rassurant de les entendre, toutes ces voix, c’est aussi rassurant que d’être dans du coton. Mais je sais que le monstre veut m’attraper, alors je cours, je cours, mais je cours au ralenti, comme la tortue dans le lièvre, je n’arrive pas à avancer ! J’entends la voix grave de mon père et je sais qu’il n’y a que lui qui peut me sauver mais je n’y arrive pas ! Je n’y arrive pas ! Je cours, je cours, je crie Papa ! Papa ! Mais il ne m’entend pas parce qu’il parle au reste de la famille ! Et je sais que le monstre va ouvrir la porte ! Je sais qu’il va m’attraper ! Papa, papa ! Et là la porte s’ouvre, et c’est lui, dans le placard, le monstre, c’est lui, c’est mon père !  

2. 
Blandine: Vous connaissez l’histoire d’Abraham et d’Isaac ? C’est l’histoire d’un infanticide. Avorté. L’infanticide, je veux dire. Il n’a pas eu lieu. Mais l’histoire est éclairante. Dieu dit à Abraham : Va tuer ton fils Isaac. Abraham se lève et va sacrifier Isaac. Abraham n’agit ni pour lui, ni pour les autres. C’est parce qu’il a foi qu’il est prêt à assassiner son fils. Cela peut paraître absurde, et ça l’est justement pour les humains ! Et c’est encore plus compliqué à comprendre pour les activistes athées ! C’est une parabole, bien sûr. Abraham ne va pas assassiner Isaac, il répond à une injonction de Dieu parce qu’il sait qu’il ne peut s’agir d’un acte ignominieux et gratuit : il est ordonné par Dieu, et Dieu est juste. Pour comprendre, il faut abandonner la logique. Il s’agit d’une disposition de l’âme. Il s’agit, en fait, du rapport à l’amour ! Dieu est pour le croyant la nature pour l’athée. La nature n’obéit pas à une logique, très simplement parce qu’une logique est humaine ! La nature établit des règles qui nous échappent totalement, mais quoi qu’elles soient, nous ne devons pas les accepter puisque nous sommes amenés indubitablement à les vivre ! Parce qu’Abraham aime « absolument » Dieu, c’est à dire tout l’univers, et que cet amour lui donne une grandeur, une justesse, et une acceptation, l’absurdité qui consiste à tuer son fils appartient à ce tout qui le dépasse. D’ailleurs, son fils n’est pas sacrifié. Bien sûr, on pourra toujours rétorquer que Dieu n’existe pas, qu’Abraham a eu une crise psychotique et que son fils l’a échappé belle. Mais il s’agit d’une parabole qui appelle à la conscience du monde et à la conscience de soi. Silence. Ce que je veux dire enfin avec mon histoire d’Abraham, c’est que l’humanité a besoin de sens. Que ce sens passe par les histoires fabuleuses. Elle a besoin de croire que quelque chose l’englobe, la dépasse, et maitrise une situation qu’elle ne sait pas gérer. C’est une enfant. Si tu lui enlèves sa fatalité à être, elle ne garde que sa fatalité à mourir et de ce fait, elle se soumet à toutes les barbaries des puissants.